mercredi 31 décembre 2008

Offensive sur Gaza : aller plus loin que la simple condamnation

Nous assistons depuis le 27 décembre 2008 à une offensive Israélienne contre la Bande de Gaza. Au delà des condamnations et des manifestations émotionnelles. Il convient d’analyser les éléments qui ont permis d’arriver à cette situation et de ne pas se focaliser sur une grille de lecture binaire qui voudrait que l’on se positionne comme pro-israélien (et par association prosioniste) ou comme pro-palestinien (et par association antisioniste). Cette analyse binaire, rapide et associant des concepts différents ne donne que des réactions excessives.

Voici des éléments de réflexion qui permettront, je l’espère, de mieux comprendre la situation actuelle et l’offensive menée par Israël.

Le retrait de la Bande de Gaza

Le 23 août 2005, Israël déclaré le retrait unilatéral, des 23 colonies de la Bande de Gaza et de 4 colonies de la Cisjordanie, officiellement terminé. Ce plan de désengagement qui avait été adopté par le gouvernement d’Ariel Sharon le 6 juin 2004 n’est cependant pas un transfert d’autorité complète vers les palestiniens puisqu’Israël conserve la surveillance des frontières de la Bande de Gaza et établit un zone tampon tout autour du territoire. La bande de Gaza dépend toujours d’Israël pour ses fournitures en eau, en électricité et en réseaux de communication. Et toutes ses exportations potentielles sont soumises à des taxes israélienne (les importations existantes sont détaxées) et la monnaie reste le shekel.

Ce plan de retrait, par son aspect unilatéral et incomplet, aboutit donc à créer un vaste camp fermé pour plus de 1,3 million Gazaouis. Ce territoire de 360km2 abrite une des densités les plus fortes au monde (3823 hab/km2) avec une immense pauvreté et un déficit complet d’infrastructures collectives. L’ensemble du territoire est soumis au bon vouloir d’Israël pour son alimentation en énergie et en vivres.

La prise de contrôle de Gaza par le HAMAS

Les élections législatives palestiniennes de 2006 voient le HAMAS remporter ce scrutin. S’en suit une guerre civile dans la bande de Gaza qui le 15 juin aboutit à une prise de contrôle de fait du HAMAS de ce territoire. A partir de cette date, les membres du FATAH sont systématiquement pourchassés et arrêtés puis pour certains exécutés.

A partir du limogeage du premier ministre palestinien issu du HAMAS par Mahmoud Abbas le 17 juin 2006, on peut considérer qu’il y a une scission de fait entre les territoires palestiniens. Le FATAH ne contrôle plus du tout la Bande de Gaza. Israël a donc créer à sa porte les conditions ayant aboutit à la mise en place d’une autorité qui lui est extrêmement hostile et qui s’appuie sur la pauvreté et le dénouement d’une population de 1,3 millions de personnes.

La montée de violence entre Gaza et Israël

Depuis la prise du contrôle par le HAMAS de la Bande de Gaza, des roquettes artisanales sont régulièrement tirée sur le sud d’Israël et plus particulièrement sur SDEROT. A partir du 17 janvier 2008, Israël, en réponse à ces tirs soumet la bande de Gaza à un blocus qui entraine des pénuries de vivres et des coupures de courant (rupture des approvisionnement en pétrole). Le 2à décembre le HAMAS ne renouvèle pas la trêve de 6 mois négociée en juin sous l’égide du gouvernement égyptien. Cette trêve prévoyait la fin du blocus israélien et la fin des tires de roquettes, ni le HAMAS, ni Israël n’auront respecté ces engagements. Les 23 décembre des roquettes sont à nouveau tirées sur le Neguev. En réaction Israël déclenche le 27 décembre l’offensive aérienne et maritime baptisée « Plomb durci » en engageant plus de 80 avions et hélicoptères.

Quel est le but du gouvernement Israélien ?

La guerre au sud Liban durant l’été 2006 à démontrée qu’une offensive militaire n‘est d’aucune utilité contre les lancements de roquette artisanale qui demandent très peu de technologie (il s’agit d’une simple roquette remplit d’explosif, équipée d’une système de mise à feu mais sans dispositif de guidage).

Le gouvernement Israélien ne pouvait resté sans aucune réactions face au bombardement de ces roquettes sur son territoire même s’il a largement contribué à créer les conditions de violences depuis des dizaines d’années et depuis son retrait unilatéral de Gaza. Cependant la disproportion des moyens est choquante et la probable offensive terrestre ne présage rien de mieux pour les jours et semaines à venir.

Le fait que des élections générales soient organisées dans les semaines qui viennent en Israël donne également une autre clé pour comprendre cette offensive. A l’heure où il y aura forcément une nouvelle coalition et où chaque parti doit prouver son attachement à Israël et son rejet du terrorisme cette offensive permet de prouver ces deux valeurs.

Que veut le HAMAS ?

Il n’est cependant pas possible de condamner uniquement l’offensive israélienne. Les roquettes bien que peu meurtrières sont tirées sans aucune cible et tombent donc sur des civils. Le HAMAS dirige d’une main de fer la bande de Gaza et a intérêt à un affrontement avec Israël dans la perspective éventuelle d’apparaître victorieux lors de la fin du conflit comme le HEZBOLLAH a put l’être après la guerre au sud Liban.

Ces opérations visent également à affaiblir le moral des israéliens et à poursuivre la chimère de reconquête d'Israël par les palestiniens. Cela participe également à isncrire un peu plus le HAMAS comme un acteur prépondérant de la région, à en faire un interlocuteur plus fort que le FATAH au yeux des populations palestiniennes.

Comment sortir de cette situation ?

L’Union Européenne, les Etats Unis et les Nations Unis en refusant de discuter avec le HAMAS, suite à sa victoire démocratique aux élections législatives, ont encouragé les divisions au sein des palestiniens. Les sanctions appliquées sur la bande de Gaza ont renforcé le soutien de la population au HAMAS. La corruption de certains dirigeants du FATAH a également participé au discrédit de Mahmoud Abbas vis à vis de la population palestinienne.

Il ne s’agit donc pas aujourd’hui de condamner simplement l’offensive Israélienne. Cette solution est la plus simple, la plus rassurante mais aussi la plus inefficace. Il faut proposer un dialogue avec le HAMAS, qui s’il doit être considéré comme une organisation terroriste, ne peut pas être écarté de toute discussions visant à la paix. Dans le cas contraire la situation que nous connaissons depuis des dizaines d’années continuera sans changement majeur puisque qu’aucun des deux camps n’est capable de remporter cette guerre.


Pour en savoir plus :

http://www.alternatives-internationales.fr/gaza-israel-palestine-hamas-fatah_fr_art_802_41212.html

http://www.affaires-strategiques.info/spip.php?article493

http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=92956

4 commentaires:

greg a dit…

bon article permettant de remettre dans le contexte cette nouvelle crise au prochain orient.

yug a dit…

Article très bien écrit Benoit. Et d'accord avec greg, une bonne remise en perspective. Et grâce à toi j'ai enfin pu comprendre la séparation HAMAS / FATAH.

profmilitant a dit…

bravo benoit, j'espere que cette position nuancée pourra se diffuser...

Nathan a dit…

Belle analyse de la situation ! Totalement d'accord avec l'esprit partisan qu'on voit revenir trop souvent sur la table.

On constate toute la complexité du dossier, mais il faut tout de même souligner que le HAMAS est plus imposé qu'encouragé par les Palestiniens, puisqu'il n'existe plus d'Etat palestinien et donc aucune autre autorité.
Et donc en isolant et en hystérisant le HAMAS, on ne fera qu'augmenter les roquettes tirées et on isolera encore plus tous les Palestiniens qui n'auront plus d'autre choix que de se tourner vers une résistance de plus en plus désespérée contre Israel...

Mais je pense que la solution doit passer par l'ONU, même si on voit que c'est vraiment compliqué actuellement.