lundi 31 août 2009

La crise est-elle un modèle de société ?

Voici le texte de l'intervention que j'ai prononcé lors de la plénière de l'Université d'Eté du MJS à La Rochelle le 28 août 2009.

Nous vivons depuis plusieurs mois ce qu’on appelle la crise financière. Nous la vivons, selon les personnes, soit comme étant une poussée de fièvre temporaire soit un changement radical dans notre économie.

A l’échelle mondiale cette crise est importante mais ne touche pas l’ensemble du globe de la même façon. Notre tropisme de pays riche nous fait généraliser cette crise financière à l’échelle du globe. Je ne nie pas qu’un grand nombre de pays soient touchés mais ce sont principalement les pays développés économiquement ainsi que ce qu’il convient d’appeler des « pays usines » comme la Chine. L’ampleur et la nature de cette crise est bien différente en fonction des pays et des continents.

Il suffit de comparer l’impact de la crise alimentaire entre nos pays et les pays du sud pour comprendre les différences de perceptions relatifs aux crises.

Nombre de pays pauvres ne sont que modérément concernés par cette crise. Ils le sont essentiellement par la baisse des exportations et des investissements occidentaux dans leurs économies. Ces derniers ne sont d’ailleurs pas bien importants. Si on reprend les chiffres de 2002 sur les Investissement Directs à l’Etrangers (les IDE), l’Amérique du nord, l’Europe et l’Asie du sud-est concentrent environ 5 950 milliards de dollars alors que l’Amérique centrale, les caraïbes, l’Amérique du sud, l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Asie Centrale et le Pacifique atteignent quand à eux 1 371 milliards de dollars.


On voit, en comparant ces chiffres aux zones les plus touchés par la crise financière actuelle, qu’il y a une corrélation troublante. Cela remet en cause, une fois de plus ce qui nous est présenté comme la contre partie à la mondialisation, l’investissement du nord vers le sud. La non bancarisation d’une grande partie de la population mondiale atténue les effets de la crise bancaire auprès de ces populations.

Comparons l’exemple de l’Afrique et celui de l’Europe. Le continent africain accueille chaque année environ 500 milliards de dollars d’IDE pour une population d’1 milliard d’habitants. L’Europe a chaque année 2 700 milliards de dollars pour une population de moitié inférieure.

On voit donc la différence flagrante entre ces deux continents et l’hypocrisie qu’il y a à considérer l’ouverture des marchés comme un moyen d’apporter des capitaux étrangers dans les pays en voie de développement. Le marché intérieur est une fois de plus un facteur indispensable au développement d’un Etat.

Pour répondre à savoir si la crise est un modèle de société, il faut donc se pencher sur d’autres crises et ne pas considérer la crise financière actuelle comme la seule qui est touchée la planète depuis 1973. En étudiant les 15 dernières années, et j’y reviendrai un peu plus tard on se rend compte que le système capitaliste mondialisé a vécu plusieurs crises qui permettent la création de richesse pour un petit nombre personnes au détriment du plus grand nombre.

Depuis toujours, les Etats sont systématiquement mis à contribution pour redresser la barre et sauver les entreprises en période de crise. Le risque d’un chômage massif apparaissant comme extrêmement dangereux politiquement aux différents gouvernements en place. On est donc en mesure de considérer les crises comme une respiration du capitalisme qui se sert de la dette publique pour pallier ses manques et comme moyen d’enrichissement pour une petite partie des investisseurs, les plus riches bien évidements.

Je veux vous parler de quelques exemples qui appuient ce point de vue.

Je vais commencer par un exemple très imagé mais limité à un secteur de l’économie avant d’aborder la crise argentine et la crise financière en Asie du sud est.

Souvenez vous, en 1999, l’Europe est touchée par la crise du poulet à la dioxine. Les ventes s’effondrent sur le continent européen. Le secteur avicole est dévasté et les industriels cherchent de nouveau marché pour écouler leurs stocks.

Cela tombe à pic, depuis 1995 plusieurs Etats d’Afrique de l’ouest négocient leur entrée dans l’OMC et ont accepté de baisser leurs barrières douanières notamment sur le poulet dans le cadre de la libéralisation de leur économie.

Le Cameroun est un bon exemple de cette libéralisation. En 1995, les importations de poulet représentaient 491 tonnes par an. En 2000, elles sont passées à 14 500 tonnes et en 2004 au plus fort, elles atteignent 23 000 tonnes. Parallèlement, la fabrication locale s’effondre de 2 2500 tonnes en 2000 à 13 500 tonnes en 2004. En 2004, 90% des exploitants de poulet camerounais ont cessé leur activité en seulement 5 ans.

Cette brutale crise de la filière camerounaise est du à un argument commercial reposant sur deux facteurs. Tout d’abord le prix du poulet : 850 francs CFA pour le poulet congelé européen contre 2200 francs CFA pour le poulet à plumer camerounais. Deuxièmement, les femmes africaines préfèrent acheter un poulet congelé qu’elles n’ont plus à déplumer, elles peuvent également choisir les morceaux et ne sont plus obligées d’acheter un poulet entier.

Toute la filière est déstabilisée avec la fermeture des exploitations de poulet, les fabricants de soja et maïs ferment également et les transporteurs des « poulets bicyclettes » perdent leur emploi de vendeur au détail.

Voici donc un exemple de crise créer par le capitalisme non régulé en Europe avec un manque de réglementation dans l’élevage du poulet qui a par conséquence détruit une industrie vivrière en Afrique sub-saharienne et permit aux industriels européens de rentrer de façon fracassante sur le marché africain.

Cette catastrophe économique en Afrique s’accompagne d’une catastrophe sanitaire car je vous laisse imaginer les difficultés de respecter la chaine du froid dans les pays africains. Pour solutionner ce problème, en décembre 2004, le gouvernement camerounais a mis en place une taxe forfaitaire de 1000 francs CFA et 3% de taxe phytosanitaire. Il a également plafonné les importations à 5000 tonnes par an. Il a donc appliqué une pure politique protectionniste, mais un peu trop tard …

Cet exemple nous prouve la nécessité d’une protection des marchés locaux. Cette protection est essentielle pour combattre la famine et les épidémies.
Cette protection s’applique également eu Europe avec une nécessaire réglementation sanitaire stricte qui empêche les crises sanitaires.

Cette crise d’un système tout entier a été très peu ressentie en Europe puisque nous exportions massivement mais a été catastrophique pour toute la région de l’Afrique de l’ouest.

Pour revenir à l’Argentine et la crise économique qui l’a frappé entre 1998 et 2002, il convient de s’intéresser à l’origine de la crise.

L’inflation touche très durement le pays depuis la seconde guerre mondiale. En 1990, le gouvernement met en place le système de caisse d’émission monétaire. Ce système arrime le peso argentin sur le dollar US. Pour simplifier, il s’agit d’un système proche à celui du franc CFA qui est attaché de façon paritaire à l’Euro.

Dans ce cas, la crise est principalement dut à la différence entre la hausse du dollar US (et donc du peso) et la dévaluation du real brésilien. La Brésil est alors le principal partenaire commercial de l’Argentine. Les consignes des grandes institutions internationales qui ont encouragé la libéralisation de l’économie et la levée de toutes les protections ont fini d’exposer le pays à la crise et ont engendré la crise économique, sociale et politique qui s’en est suivit. Cette crise en conduisant au retrait des capitaux du pays a mené à la création de plusieurs milliers de coopératives et à l’arriver en force de l’autogestion dans nombre de PME.

Si les créanciers de l’Argentine ne sont pas encore tous remboursés, le capitalisme mondial a absorbé cette crise et les investisseurs sont partis en direction d’autres pays. Les institutions internationales comme le FMI ont plus ou moins accepté leur mise en cause dans l’effondrement de l’Argentine.

Cette reconnaissance, n’empêcha cependant pas la crise financière de 2008 d’arriver. Cette dernière, sans s’appuyer sur le mécanisme monétaire comme entre l’Argentine et le Brésil a repris bien des ingrédients en terme de manque de régulateur global de la politique monétaire et du flottement des marchés de l’emprunt qui dans les deux cas se sont effondrés.

Pour finir ma démonstration je terminerai rapidement par la crise asiatique qui commença en 1997. Cette crise est nait d’une crise monétaire puis a continué en raison du surinvestissement et d’une dette extérieure extraordinairement élevée. Cette crise fut en quelques sorte la répétition (hormis pour l’aspect monétaire) de la crise que nous connaissons actuellement.

Les conséquences en furent extrêmement tragiques : plusieurs milliers de suicides en Corée du Sud et 1200 morts dans des émeutes en Indonésie pour ne citer que ces deux exemples.

Certains responsable internationaux comme Michel Camdessus ou Alan Greenspan considèrent même cette crise positive dans le sens où elle permit de sortir les pays asiatiques, anciennement soviétique, d’une économie dirigée par l’Etat. C’est précisément la croissance incontrôlée encouragée par les pays riches et les institutions internationales qui a poussé aux dérives responsables de la crise. Il suffit de se remémorer le rapport de la Banque Mondiale de 1997 qui prédisait pour cette région du monde une croissance à 9% pour les dix ans à venir.

Il y a un étrange parallèle entre les prédictions sur l’immobilier en 2006 qui ne s’effondrerait jamais …

Ces trois crises ne sont que des exemples parcellaires de l’économie mondialisée et de ses conséquences dans notre monde moderne. Si des exemples ne constituent pas des arguments économiques ils nous portent cependant à nous interroger sur les analyses de la crise actuelle et à la nature même du capitalisme mondialisé.

Le système économique actuel se nourrit de ces crises en désignant régulièrement aux peuples asservis par ce système des boucs émissaires et permettent à une minorité de s’enrichir sous prétexte de sauver l’économie mondiale. Si le soutien des Etats à l’économie est indispensable, la finance mondiale ne peut pas logiquement se battre pour la disparition des Etats régulateurs.

C’est pourtant ce qui se passe, le capitalisme global se sert des Etats mais veut en même temps leur disparition. Il s’agit donc bien d’un modèle de société mais qui concourt à son autodestruction.

1 commentaires:

Anonyme a dit…

L'ARGENT
pourquoi il n'y a plus d'argent, où part l'argent ?


partie 1: http://www.dailymotion.com/video/k1b3tbEw6GXnmu13XzI

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partie 4 : http://www.dailymotion.com/video/k30SLNle18aU0gFNia

Ghislaine Dausch ghis-32@wanadoo.fr